« Maman, tu crois que je vais y arriver ? »

« Maman, tu crois que je vais y arriver ? »

Hier soir, Tiago est venu me voir avec une question toute simple :

« Maman, tu crois que je vais y arriver à la pala ? »

Et cette petite phrase m’a transpercé le cœur.

Parce que la pala, ça fait longtemps qu’il veut en faire.

Les années précédentes, nous avions toujours dit non.

Pas parce que nous ne voulions pas qu’il essaie. Pas parce que nous pensions qu’il n’en était pas capable. Mais parce qu’à ce moment-là, nous savions que ce serait compliqué.

Tiago avait encore beaucoup de difficultés à évoluer en groupe. La frustration pouvait très vite prendre énormément de place. Un gros mot qui part, parfois un geste, puis ce moment où il se braquait complètement et où il devenait très difficile de revenir en arrière.

Dans un sport collectif, avec d’autres enfants et un coach qui doit s’occuper de tout le monde, nous ne le sentions tout simplement pas prêt.

Alors nous avons dit non.

Mais nous avons toujours fait attention à la façon dont nous lui disions non.

Nous ne voulions surtout pas qu’il entende :

« Tu ne peux pas faire de pala à cause de ton comportement. »

Il grandissait. Il avançait. Il avait besoin de temps.

Et cette année, pour la première fois, nous avons ressenti quelque chose de différent.

Cette fois, il est prêt.

Il a grandi, il a évolué. Et ce sont justement ces petites victoires du quotidien qui nous montrent aujourd’hui tout le chemin qu’il a parcouru.

Il aura aussi la chance d’avoir un très bon copain avec lui.

Alors cette année, nous avons dit oui.

Son papa doit d’ailleurs l’emmener ce soir pour l’inscription.

Et peut-être que c’est pour ça que sa question d’hier soir m’a fait autant de peine.

Parce que nous, aujourd’hui, nous lui faisons confiance.

Nous pensons qu’il peut essayer.

Mais lorsqu’il m’a demandé si je pensais qu’il allait y arriver, j’ai réalisé à quel point lui pouvait encore douter de ses propres capacités.

Cette estime de soi si fragile chez Tiago, nous l’avons déjà vue apparaître dans des moments où il pouvait aller jusqu’à nous dire :

« Je suis nul. »

Je ne lui ai pas répondu qu’il allait être super fort.

Je ne lui ai pas promis qu’il réussirait tout du premier coup.

Je lui ai simplement expliqué qu’il allait apprendre.

Petit à petit.

Qu’il aurait un coach pour lui montrer, qu’il faudrait écouter les règles, essayer de les respecter et faire de son mieux.

Et surtout, je lui ai dit quelque chose qui me semblait important :

Il n’y a pas d’objectif à atteindre au bout.

Ce n’est pas l’école.

Il n’y aura pas de note.

Il n’a rien à prouver.

La seule chose que j’attends de lui, c’est qu’il essaie, qu’il apprenne… et surtout qu’il prenne du plaisir.

Et puis ce matin, j’ai retrouvé un autre Tiago.

Celui qui est généralement très, très tête en l’air et qu’il n’est pas toujours évident de motiver avait une chose bien précise en tête :

la pala.

Il était impatient d’être à ce soir.

Tellement impatient qu’il a pris soin de rappeler à son papa qu’il ne devait surtout pas oublier de venir le chercher à 17 h 30 pour aller à l’inscription.

En le déposant à l’école, je lui ai promis :

« Ne t’inquiète pas, je le rappellerai à Papa. »

Et scoop : Papa n’avait pas oublié. 😅

Thibault a bien posé une heure pour pouvoir aller chercher son fils et tenir son engagement.

Ce matin, en le regardant partir à l’école aussi impatient, je repensais forcément à sa question de la veille.

Hier soir :

« Tu crois que je vais y arriver ? »

Ce matin :

« Papa, n’oublie surtout pas de venir me chercher à 17 h 30 ! »

Le doute est encore là, quelque part.

Mais l’envie aussi.

Et pour l’instant, c’est peut-être tout ce dont il a besoin pour commencer.

Thibault est bien allé chercher Tiago à 17 h 30.

Ils sont partis tous les deux pour l’inscription.

Sauf qu’une fois arrivés sur place…

Il n’y avait pas d’inscription. 😅

Parce que les inscriptions n’étaient tout simplement pas prévues ce vendredi-là, mais le vendredi suivant… ou celui d’après.

Et là, forcément, j’ai ri.

Parce que c’est tellement Thibault.

Quelqu’un d’autre aurait probablement appelé avant pour vérifier la date ou se serait assuré que l’information était la bonne.

Lui, non.

Pour Thibault, c’était évident que c’était ce jour-là.

Tellement évident qu’il ne lui est même pas venu à l’esprit de vérifier.

Et ce genre de situation n’a rien d’exceptionnel chez nous.

Thibault est coutumier du fait.

Avec le temps, j’ai appris à en rire parce que cela fait partie de notre quotidien.

Mais je ne vais pas mentir : parfois, c’est lourd.

Parce qu’une petite information non vérifiée, un détail qui semble évident, quelque chose auquel il n’a tout simplement pas pensé… peut avoir des conséquences sur toute la famille.

Et ce soir-là, même si la situation m’a fait rire, j’étais surtout déçue pour Tiago.

Lui qui attendait ce moment depuis la veille.

Lui qui avait pensé toute la journée à cette inscription.

Lui qui avait même rappelé à son papa de ne surtout pas oublier de venir le chercher.

Évidemment, il a boudé.

Il était déçu.

Et je pouvais difficilement lui en vouloir.

Alors nous l’avons rassuré.

Ce n’était pas annulé.

Ce n’était pas un nouveau « non ».

C’était juste un contretemps.

Il allait devoir attendre encore un petit peu.

Un enfant avec un TDAH qui doute parfois de lui mais qui peut aussi attendre quelque chose avec une impatience incroyable.

Un papa avec un TDA pour qui certaines choses paraissent tellement évidentes qu’il ne pense même pas à les vérifier.

Et moi, au milieu de tout ça.

Parfois je rassure.

Parfois je rappelle.

Parfois je râle.

Et heureusement, très souvent, j’en ris.

Parce que chez nous, le TDAH et le TDA ne se résument pas à une liste de symptômes.

Ils se glissent dans des petites scènes comme celle-ci.

Et quand je repense aux premiers signes du TDAH dans notre famille, je réalise à quel point nous avons appris, avec le temps, à reconnaître ces situations pour ce qu’elles sont.

Des situations qui, prises séparément, pourraient sembler complètement banales.

Mais qui, lorsqu’elles se répètent encore et encore, finissent par faire partie de notre quotidien.

Alors pour savoir si Tiago va « y arriver à la pala »…

Il va encore falloir attendre un peu.

Mais finalement, la réponse que je lui ai donnée jeudi soir n’a pas changé.

Il n’a rien à prouver.

Il doit simplement avoir la possibilité d’essayer.

À sa façon, à son rythme. 🌷

Cléa, Un jour à la fois.

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