« Je suis nul » : quand le TDAH abîme l’estime de soi de nos enfants.

« Je suis nul » : quand le TDAH abîme l’estime de soi de nos enfants.

« Je suis nul. »

C’est une phrase que j’entends parfois de la bouche de mon fils, et à chaque fois, elle me serre le cœur.

Elle revient souvent dans un moment très précis : celui de la lecture.

Mon fils a bientôt 11 ans. Et la lecture a longtemps été un véritable parcours du combattant pour lui. Il a mis énormément de temps à associer les syllabes, à décoder les mots, à construire peu à peu ses bases.

Aujourd’hui, il commence enfin à lire.

Mais lire ne veut pas encore dire comprendre.

Toute son énergie est mobilisée pour déchiffrer. Il doit se concentrer tellement fort sur les mots eux-mêmes qu’il lui reste peu de place pour le sens.

Et c’est là que le découragement arrive.

Quand il voit d’autres enfants lire plus facilement, quand il bloque sur un texte, quand il sent que c’est encore difficile malgré tous ses efforts… il finit par dire :

« Je suis nul. »
« Je n’y arriverai jamais. »

Et à ce moment-là, je comprends que ce n’est pas seulement une difficulté de lecture.

C’est une image de lui-même qui est en train de se construire à travers cette difficulté.

💡 Si vous découvrez tout juste le TDAH dans votre famille, vous pouvez aussi lire : → TDAH chez l’enfant : guide complet pour les parents après le diagnostic


L’estime de soi d’un enfant ne se construit pas en un jour.

Elle se construit à travers ce qu’il vit, ce qu’il entend, et ce qu’il ressent au quotidien.

Les enfants TDAH peuvent rencontrer des oublis fréquents, des consignes mal comprises, des devoirs difficiles à terminer ou encore des remarques répétées à l’école comme à la maison.

Ce n’est pas un manque de volonté.

Mais à force de répétition, un message finit par s’installer :

« Je n’y arrive pas comme les autres. »

Et petit à petit, ce message peut glisser vers quelque chose de plus lourd :

« Donc je suis moins capable. »

C’est là que l’estime de soi enfant TDAH commence à se fragiliser.


La lecture reste encore aujourd’hui un vrai défi pour lui.

Il progresse, mais chaque lecture demande un effort important.

Parfois, il refuse de lire.

Non pas par opposition, mais parce qu’il anticipe la difficulté.

Et dans ces moments-là, le blocage arrive vite.

Avant même de commencer, il est déjà dans la peur de ne pas y arriver.

Alors la phrase revient :

« Je suis nul. »

Pendant longtemps, j’ai essayé de corriger ça immédiatement, de le rassurer, de lui dire qu’il était intelligent, qu’il allait y arriver.

Mais j’ai compris quelque chose d’essentiel : dans ces moments-là, ce n’est pas le raisonnement qui aide.

C’est la pression qui empêche d’avancer.

Alors maintenant, on fait autrement.

On s’arrête.
On enlève la tension.
On parle calmement.

Et on reprend plus tard.

Sans urgence.

Et souvent, il finit par y arriver.

Ce type de blocage est aussi très fréquent dans les devoirs du quotidien : Comment aider un enfant TDAH à faire ses devoirs sans crise ?


L’école prend une place énorme dans la construction de l’identité d’un enfant.

Et quand les apprentissages sont difficiles, ce n’est plus seulement une matière compliquée.

C’est une façon de se voir soi-même qui se construit.

Ce sentiment est très fréquent chez les enfants TDAH confrontés aux apprentissages scolaires, comme je l’explique aussi ici : TDAH chez l’enfant : paresse ou trouble de l’attention ? Comprendre les comportements

Dans notre cas, la lecture reste un chemin encore fragile.

Et parfois, le regard change.

Ce n’est plus :

« C’est difficile à apprendre »

mais :

« Je suis mauvais »

Et cette nuance change tout.


Même sans mots, les enfants comparent.

Mon fils voit bien que d’autres lisent sans effort.

Et même s’il ne le verbalise pas, il le ressent profondément.

Ce n’est pas seulement une comparaison de niveau.

C’est une comparaison de valeur.

Et c’est souvent là que la confiance se fissure.


Un enfant qui perd confiance en lui peut :

  • dire qu’il n’y arrivera jamais avant même d’essayer
  • abandonner rapidement
  • avoir peur de se tromper
  • se mettre en colère après un échec
  • éviter certaines activités
  • se comparer souvent aux autres

Derrière ces comportements, il y a souvent la même idée :

« Je vais échouer. »

Avec le temps, j’ai compris autre chose.


Avec le temps, j’ai compris quelque chose d’essentiel.

Ce ne sont pas les grandes réussites qui changent tout.

Ce sont les petites victoires répétées.

Terminer une lecture.
Essayer malgré la peur.
Continuer même quand c’est difficile.
Reprendre après un blocage.

Pour beaucoup d’enfants, cela paraît simple.

Pour un enfant TDAH, cela demande parfois énormément d’efforts.

Et c’est précisément pour cela que ces moments comptent autant.

Et pourtant, il existe des choses très simples qui peuvent changer beaucoup.


Ce que l’enfant contrôle, ce n’est pas toujours le résultat.

Mais il peut contrôler ce qu’il essaie.

Dire :

« Je vois tes efforts »

a souvent plus d’impact que le résultat lui-même.


Un enfant TDAH n’est pas uniquement en difficulté.

Il est aussi souvent :

  • créatif
  • sensible
  • drôle
  • curieux
  • persévérant

Mais il ne le voit pas toujours lui-même.


Sport, dessin, jeux, musique…

Peu importe.

L’important est qu’il puisse vivre des réussites.

Et ressentir :

« Je suis capable. »


Voir son enfant douter de lui est difficile.

On cherche à bien faire.

On doute.

On culpabilise.

Cette charge mentale est souvent partagée par les parents d’enfants TDAH : Fatigue des parents d’enfants TDAH : charge mentale et épuisement invisible

Et parfois on se sent impuissant.

Si vous ressentez cela, vous n’êtes pas seul.


Tu n’es pas nul.

Tu es un enfant qui apprend autrement.

Tu avances à ton rythme.

Tu n’es pas tes difficultés.

Tu n’es pas tes blocages.

Tu es bien plus que tout cela.


L’estime de soi ne se reconstruit pas rapidement.

Elle se construit petit à petit.

Dans les essais.
Dans les erreurs.
Dans les encouragements.
Dans les petites victoires.

Et même dans les jours difficiles, je garde une chose en tête :

Mon fils n’a pas besoin d’être parfait pour être capable.

Il a besoin de temps.

Ce chemin fait partie du parcours après diagnostic, que j’ai détaillé ici : TDAH chez l’enfant : guide complet pour les parents après le diagnostic

Et de quelqu’un qui continue de croire en lui, même quand lui n’y arrive plus.


Parce qu’il vit des difficultés répétées et finit par les associer à sa valeur personnelle.

En valorisant l’effort, en réduisant la pression et en créant des réussites accessibles.

Oui, les difficultés répétées peuvent fragiliser la confiance en soi.

Retirer la pression et revenir plus tard est souvent plus efficace que d’insister.

En valorisant ses progrès, ses forces et ses petites victoires quotidiennes.

💡 Et vous, est-ce que votre enfant vous dit parfois des phrases comme “je suis nul” ? Comment vous gérez ces moments-là à la maison ?


Cléa, Un jour à la fois.

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