Poser un cadre en famille… et essayer de s’y tenir.
Depuis notre rendez-vous chez l’orthophoniste, on a décidé de changer certaines choses à la maison.
Pas seulement pour Tiago, mais pour nous tous. Parce que poser un cadre familial avec un enfant qui a un TDAH peut aider… encore faut-il réussir à s’y tenir.
Et chez nous, disons que la théorie et la pratique ne sont pas toujours tout à fait d’accord. 😂
Notamment lorsqu’il est question des écrans.
Pour Tiago, on a posé une règle assez claire : plus d’écrans personnels pour le moment. Pas de tablette, pas de téléphone… La télé du salon reste autorisée parce que, pour nous, ce n’est pas tout à fait la même utilisation.
Quand on lui a expliqué pourquoi, il a compris.
Il nous a même dit qu’il pensait être « addict ».
Évidemment, je lui ai demandé ce que ça voulait dire pour lui. Sa définition n’était pas digne d’un dictionnaire médical, mais franchement, l’idée était là. 😂
Donc très bien.
La règle était comprise.
Sur le papier, tout était parfait.
Comprendre la règle… et réussir à la respecter
Avec notre permis à points familial, Tiago avait perdu des points pour avoir utilisé des écrans en dehors des moments autorisés et pour nous avoir menti.
La conséquence a donc été posée : pendant trois jours, il devait débarrasser la table.
Il a compris pourquoi.
Et comme l’idée n’était pas simplement de lui enlever les écrans et de le laisser tourner en rond en nous demandant toutes les quatre minutes ce qu’il pouvait faire, on lui a expliqué que s’il ne savait pas comment s’occuper, on l’aiderait à trouver autre chose.
Nous sommes donc allés chez Action acheter quelques loisirs créatifs.
Bilan de l’opération ?
J’ai maintenant plein de dessins dans mon bureau et plein de colliers autour du cou.
Je ne sais pas encore si c’est exactement ce que l’orthophoniste avait en tête, mais ça fonctionne. 😂
Sauf que comprendre une règle ne signifie pas forcément être capable de la respecter à chaque fois.
J’en ai eu une démonstration assez magnifique jeudi.
J’étais chez ma voisine lorsque Thibault a reçu… un message de Tiago.
Jusque-là, rien d’extraordinaire.
Sauf que le message avait été envoyé depuis l’iPad que nous avions rangé dans mon bureau.
Voilà voilà.
Il était allé le chercher.
Cette fois, nous n’avons pas retiré de points. On l’a simplement repris, on lui a rappelé ce qui avait été décidé et pourquoi.
Parce que je crois aussi qu’il faut apprendre à faire la différence entre les situations.
Tout écart à une règle ne mérite pas forcément la même réponse.
Et parfois, ça déborde ailleurs
Jeudi, Tiago était également à la maison avec moi parce qu’il était malade.
Enfin… malade.
J’ai un doute, mais bon. 😂
Le soir, en revanche, il était particulièrement difficile. Il répondait, était irritable, de mauvaise humeur… Bref, un bonheur.
Je me suis demandé s’il pouvait y avoir un lien avec les écrans. Une forme de frustration, de manque, ou simplement le fait de devoir modifier brutalement une habitude qui avait pris beaucoup de place.
Je n’en sais rien.
Et je préfère justement le dire comme ça : c’est une question que je me pose, pas une certitude.
On n’a donc pas commencé à sanctionner chacun de ses comportements en considérant automatiquement que tout venait de là.
On observe.
On explique.
On recadre quand il le faut.
Et on essaie de tenir dans la durée.
Le cadre familial avec un enfant qui a un TDAH concerne toute la famille
C’est peut-être ça que je réalise le plus depuis que nous avons commencé à mettre tout ça en place.
Au départ, on pourrait facilement penser que le cadre est là pour Tiago.
Parce qu’il a un TDAH.
Parce qu’il déborde.
Parce qu’il a besoin de repères.
Sauf que non.
Le cadre concerne toute la famille.
Thibault aussi a parfois du mal à s’y tenir.
Avec son TDA, il peut très vite retomber dans ses anciens automatismes : s’énerver au moindre problème, hausser le ton, partir dans une réaction immédiate alors qu’on s’était justement mis d’accord sur une autre façon de faire.
Alors je lui rappelle ce qu’on a décidé.
Et généralement, il peut se reprendre et reconsidérer la situation.
Je ne vais pas mentir : parfois, c’est lourd.
Parce que tenir son propre cadre est déjà un travail. Le rappeler aux enfants en est un autre. Et quand il faut aussi rappeler à l’autre parent le cadre qu’on a décidé ensemble…
Disons que certaines journées sont longues. 😂
Et Yanis dans tout ça ?
Yanis aussi fait partie de cette organisation familiale.
Il a 13 ans et demi.
Et oui, le demi compte. 😂
Lui, le système du permis à points, il connaît assez bien le principe puisqu’il a quelque chose d’assez similaire au collège.
Depuis plusieurs jours, je lui demandais de récupérer un papier au secrétariat.
Premier jour : oublié.
Deuxième jour : oublié.
Puis encore oublié.
Mercredi, lors de notre point, il a donc perdu un point pour « oubli de matériel ».
Il était vexé.
Pas vexé façon catastrophe familiale. Plutôt vexé dans le bon sens du terme.
Et devinez ce que j’avais jeudi soir ?
Le papier.
Comme quoi. 😂
Là encore, l’idée n’est pas de distribuer des sanctions à tout le monde.
C’est simplement de montrer que les règles que nous mettons en place ne sont pas réservées à Tiago.
Chacun a ses responsabilités.
Chacun peut oublier.
Chacun peut dépasser le cadre.
Et chacun doit apprendre à y revenir.
Et moi non plus, je ne suis pas parfaite
Parce qu’il manquerait quelqu’un dans cette histoire.
Moi.
Je crie aussi parfois. J’en ai d’ailleurs déjà parlé dans mon article sur ces moments où je crie sur mon enfant TDAH et où la culpabilité arrive juste derrière.
Je ne suis pas toujours patiente. Je ne suis pas toujours bienveillante. Il m’arrive de réagir d’une façon qui, cinq minutes plus tard, me fait penser :
Bon. Là, Cléa, ce n’était pas exactement ce qu’on avait prévu.
Mais justement.
Si je demande à mes enfants de se remettre en question, je dois être capable de le faire aussi.
Si je demande à Thibault de respecter ce qu’on a décidé ensemble, je dois essayer de faire la même chose.
Le cadre ne peut pas être uniquement quelque chose que les parents imposent aux enfants.
Pour qu’il ait du sens, nous devons nous aussi apprendre à nous y tenir.
Et quand on n’y arrive pas ?
On recommence.
Un cadre n’a pas besoin d’être parfait pour être utile
Je crois que c’est finalement ce que cette semaine m’a appris.
Poser un cadre, c’est relativement facile sur le papier.
On décide des règles.
On prévoit les conséquences.
On explique.
Tout le monde acquiesce.
Et puis arrive la vraie vie.
Un enfant va chercher l’iPad dans le bureau.
Un autre oublie son papier trois jours de suite.
Un parent s’énerve alors qu’il avait promis de faire autrement.
Et l’autre finit parfois par crier aussi.
Ça ne veut pas forcément dire que le cadre ne fonctionne pas.
Ça veut simplement dire qu’on est en train d’apprendre à vivre avec.
Il y aura des écarts. Des rappels. Des ajustements.
Certaines choses seront suffisamment importantes pour entraîner une conséquence. D’autres mériteront simplement une nouvelle explication.
L’objectif, chez nous, n’est pas d’obtenir une famille parfaite qui respecte toutes les règles du premier coup.
C’est d’essayer de construire, petit à petit, un cadre suffisamment clair et suffisamment stable pour que chacun sache où il va, et pour retrouver un rythme familial un peu plus serein.
Alors on essaie.
On ajuste.
On se plante parfois.
Et on recommence.
Bref. Faites des gosses. 😂
Cléa, Un Jour à la fois.